Droits du conjoint survivant : ce que dit réellement le Code civil

Au décès de son époux, le conjoint survivant est appelé à la succession en qualité d’héritier. Mais contrairement à une idée répandue, ses droits ne sont ni automatiques ni uniformes. Ils varient considérablement selon la composition de la famille, la présence d’enfants et les dispositions testamentaires prises par le défunt.

Les réformes de 2001 et 2006 ont amélioré le sort du conjoint survivant. Pourtant, les surprises — heureuses et malheureuses — restent fréquentes à l’ouverture d’une succession. Les droits du conjoint survivant peuvent aller de la totalité de la succession à presque rien.

Les règles applicables sont prévues aux articles 756 et suivants du Code civil.

Quelle part d’héritage pour le conjoint survivant ?

La part revenant au conjoint survivant dépend directement de la composition de la famille au jour du décès.

En présence d’enfants communs

Lorsque tous les enfants du défunt sont également ceux du conjoint survivant, le veuf ou la veuve dispose d’une option :

soit l’usufruit de la totalité des biens — il peut rester dans le logement et percevoir les revenus des biens sans en être propriétaire ;

soit la pleine propriété d’un quart de la succession — il devient propriétaire d’une fraction du patrimoine, qu’il peut librement utiliser ou transmettre. Art. 757 C. civ.

En présence d’enfants d’un précédent lit

Lorsque le défunt avait des enfants issus d’une union précédente, la loi est plus restrictive : le conjoint survivant reçoit obligatoirement la pleine propriété d’un quart de la succession, sans possibilité d’opter pour l’usufruit total. Art. 757 C. civ.

Cette règle protège les enfants du premier lit contre un usufruit universel qui réduirait excessivement la valeur de leur héritage.

En présence des père et mère du défunt

Si le défunt ne laisse pas d’enfants mais que ses parents sont encore en vie, le conjoint survivant reçoit la moitié de la succession en pleine propriété. Les père et mère se partagent l’autre moitié. Si un seul parent est vivant, il reçoit un quart — le conjoint récupère alors les trois quarts. Art. 757-1 C. civ.

En l’absence de descendants et d’ascendants

Si le défunt ne laisse ni enfants, ni parents, le conjoint survivant recueille la totalité de la succession. C’est la situation la plus favorable. Art. 757-2 C. civ.

Le conjoint survivant peut-il être déshérité ?

Oui — et c’est l’une des particularités les plus méconnues du droit français.

Contrairement aux enfants, le conjoint survivant n’est pas un héritier réservataire. Il ne bénéficie d’aucune part minimale garantie par la loi lorsque le défunt laisse des descendants. Le défunt peut donc, par testament authentique, priver totalement son conjoint de tout droit successoral.

Cette possibilité est réelle et légale. Le Cabinet Cazals connaît ainsi l’exemple d’une veuve entièrement déshéritée par testament rédigé… le lendemain de son mariage.

À l’inverse, le défunt peut augmenter la part de son conjoint au-delà des droits légaux, dans la limite de la quotité disponible — voire au-delà par le biais d’une donation entre époux, dont le cumul avec les droits légaux est validé par la Cour de cassation. Cass. civ. 1 – 17 déc. 2014 – n° 13-25.610

Le droit au logement du conjoint survivant

Indépendamment de sa part successorale, le conjoint survivant bénéficie de deux droits spécifiques liés au logement familial.

Le droit temporaire au logement

Pendant un an à compter du décès, le conjoint peut rester dans le logement familial gratuitement. Les charges sont supportées par la succession. Ce droit est d’ordre public : il ne peut pas être supprimé par testament. Art. 763 C. civ.

Le droit viager au logement

Au-delà d’un an, le conjoint survivant bénéficie d’un droit d’habitation viager sur le logement familial, ainsi que d’un droit d’usage sur les meubles qui le garnissent. Ce droit n’est pas gratuit : il s’impute sur la part successorale à laquelle il a droit. Art. 764 et 765 C. civ.

Attention : le défunt peut priver son conjoint de ce droit viager par testament — mais uniquement par testament notarié. Un testament olographe (manuscrit) est insuffisant pour supprimer ce droit.

Si le logement familial est en indivision entre plusieurs héritiers, la situation peut rapidement se bloquer. Consultez notre guide sur la sortie d’indivision successorale.

Quels recours si les droits du conjoint sont lésés ?

Plusieurs situations peuvent conduire à contester les droits du conjoint survivant ou à les défendre :

Testament défavorable ou inattendu — Si le défunt a rédigé un testament qui prive le conjoint de ses droits ou réduit fortement sa part, il convient d’analyser la validité de cet acte. Un testament rédigé sous influence, en état d’insanité d’esprit ou avec des vices de forme peut être contesté et annulé.

Conflit avec les enfants d’un premier lit — Ces situations génèrent fréquemment des litiges sur l’évaluation des biens, le calcul de l’usufruit ou les droits d’occupation du logement. Un avocat spécialiste en droit des successions permet d’anticiper ces conflits et de les résoudre.

Donation entre époux à analyser — Si une donation entre époux a été consentie, son articulation avec les droits légaux du conjoint survivant doit être analysée précisément pour optimiser la situation.

Questions fréquentes sur les droits du conjoint survivant

Le conjoint survivant a-t-il toujours droit à une part de la succession ?

Non. Contrairement aux enfants, le conjoint survivant n’est pas héritier réservataire en présence de descendants. Il peut être totalement déshérité par un testament authentique valablement rédigé. En l’absence de descendants et d’ascendants, il hérite en revanche de la totalité de la succession.

Quelle est la différence entre usufruit et pleine propriété pour le conjoint ?

L’usufruit permet au conjoint survivant d’utiliser les biens et d’en percevoir les revenus (loyers, dividendes) sa vie durant, sans en être propriétaire. La pleine propriété lui confère tous les droits sur les biens reçus, qu’il peut vendre, donner ou transmettre librement. Le choix entre les deux options dépend de la situation patrimoniale et des objectifs du conjoint survivant.

Peut-on priver le conjoint du droit au logement ?

Le droit temporaire au logement (1 an) est d’ordre public et ne peut être supprimé. Le droit viager au logement peut en revanche être supprimé par le défunt, mais uniquement par testament notarié — un testament olographe est insuffisant pour produire cet effet.

Le PACS offre-t-il les mêmes droits que le mariage ?

Non. Le partenaire pacsé n’a aucun droit légal sur la succession de son partenaire. Sans testament valable le désignant comme légataire, il ne reçoit rien. C’est l’une des différences fondamentales entre mariage et PACS en matière successorale.


Marie-Christine Cazals, avocat au Barreau de Paris

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